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mercredi 15 juin 2011

Blogueuses lesbiennes: Amina était un homme, Paula aussi!




Tom MacMaster et sa femme (Photo Picasa)

Oui, les vraies lesbiennes existent. Mais le coming out mâle, blanc, hétérosexuel et marié d'"Amina", supposée blogueuse syrienne de "Gay Girl in Damascus", et de Paula Brooks, fondatrice du site Lez Get Real, jette cruellement le doute sur les vrai(e)s militant(e)s LGBT qui risquent parfois leur vie pour témoigner.

"Merci Tom MacMaster! (...) Si un jour je suis enlevé par mon gouvernement, nombre de lecteurs s'en ficheront parce que je pourrais etre une autre Amina", enrage Mustapha, un blogueur libanais. "Tu m'as volé ma voix", fulmine aussi Danier Nassar, vraiment gay et vraiment à Damas, sur le site Gay Middle East, soulignant que des activistes syriens ont pris des risques pour s'enquérir du sort d'"Amina".


Amina, lesbienne soutenant le soulèvement contre le régime autoritaire du président Assad à Damas, avait ému la blogosphère, surtout après son prétendu enlèvement (cf LToutes).
Mais la mobilisation en faveur de la jeune femme et l'enquête brillante du site pro-palestinien Electronic Intifada a abouti à ... Tom MacMaster.

Outé, cet Américain de 40 ans étudiant en Ecosse rebaptise son blog "Hoax" et explique avoir inventé Amina pour faire passer ses idées et échapper à sa frustration d'écrivain raté, avant d'être piégé par son propre succès. Le blog est aujourd'hui désactivé.

Tom MacMaster présente ses excuses aux amis d'"Amina", dont Paula Brooks, qui lui a ouvert les pages de Lez Get Real avant qu'il ne crée son propre blog. Mais les fins limiers du Net ont tiré un scoop à deux coups: personne n'a jamais vu Brooks, soi-disant sourde, qui communique toujours par mail ou par l'intermédiaire de son père au téléphone... Le "père" finit par craquer sous la pression du "Washington Post": Paula, c'est lui, Bill Graber, 58 ans.




Bill Graber (Photo DR/Washington Post)


Retraité de la construction, Graber avoue avoir pris le nom de sa femme pour créer, en 2008, Lez Get Real. Il dit avoir été ému par un couple de lesbiennes de ses amis et avoir pensé qu'un hétéro ne serait pas pris au sérieux.

Pour les collaboratrices de Lez Get Real, qui se sont investies et ont écrit des dizaines d'articles, le ciel s'effondre. L'une d'elles, Melanie Nathan, de Glasgow, rend son tablier. Le site devrait continuer sous la houlette de deux autres de ses piliers, Bridgette LaVictoire et sa mère Linda, bien réelles, elles, mais s'en remettra-t-il?

Toute l'histoire est en tout cas du pain bénit pour les autorités syriennes et autres régimes autoritaires qui cherchent à décrédibiliser les mouvements pour la démocratie et n'auront qu'à citer Amina pour dénoncer une imposture et la crédulité des médias occidentaux.




Lina Ben Mhenni (Photo DR)


Or, selon Reporters sans frontières (RSF), 125 internautes sont emprisonnés dans le monde actuellement. Internet est souvent l'une des rares sources d'information quand les médias sont censurés, comme on a pu le voir avec le blog "A Tunisian Girl" de Lina Ben Mhenni pendant la révolution du Jasmin en Tunisie au début 2011.

vendredi 10 juin 2011

Amina, héroïne ou mystificatrice?

Y'a-t-il réellement "une lesbienne à Damas" ("a gay girl in Damascus", titre du blog d'Amina Arraf)? Comme nous l'écrivions le 8 juin sur LToutes, cette blogueuse a été enlevée par les autorités syriennes, selon une personne se présentant sur son blog comme sa cousine.

Seulement voilà, depuis cette "disparition", le doute grandit sur l'identité réelle d'Amina. Il s'avère en effet que personne -journaliste, blogueur, militant, ou ami d'Amina- ne semble l'avoir jamais rencontrée directement. Même les médias qui ont fait un portrait d'elle, comme le journal britannique The Guardian n'ont pu échanger que par mail.

La photo publiée dans plusieurs médias et sur Internet est en fait celle d'une Britannique qui a dénoncé le vol de cette image sur son compte Facebook. Par ailleurs, les autorités américaines ne parviennent pas à retrouver la trace de sa naissance aux Etats-Unis.


Ce blog, qui décrivait la vie d'une lesbienne à Damas et réclamait la démocratie en Syrie en dénonçant la violence de la répression des autorités, est-il une fiction? Ou Amina se protège-t-elle derrière une fausse identité dans un pays qui réprime impitoyablement les militants démocrates? "Beaucoup de gens en Syrie sont forcés de recourir à de fausses identités pour se protéger", soulignent les responsables de la page Facebook de soutien à Amina. "Nous ne pouvons pas confirmer son identité, mais nous pensons qu'il est possible que l'auteure de ce blog soit effectivement en prison. Il est donc important de continuer à la soutenir". Depuis "l'enlèvement" et le début de la polémique, le blog, lui, est resté silencieux.

mercredi 8 juin 2011

Une blogueuse lesbienne enlevée en Syrie

Ouvertement lesbienne dans un pays qui emprisonne les homosexuels, Amina Arraf s'était rendue célèbre ces dernières semaines en dénonçant haut et fort la répression sanglante en Syrie, témoignant des manifestations auxquelles elle participait et des violences des autorités syriennes.

Sur son blog, "a gay girl in Damascus" (une lesbienne à Damas), cette professeur d'anglais de 35 ans qui a longtemps vécu aux Etats-Unis réclamait ouvertement la démocratie et le départ du président Bachar el-Assad. Lundi 6 juin, trois hommes armés l'ont kidnappée alors qu’elle se rendait à un rendez-vous à Damas avec une amie, a annoncé sa cousine sur le blog. Elle a été poussée à bord d'une Logan Dacia de couleur rouge arborant, sur une des vitres, un autocollant de Basel al-Assad, le frère du président Bachar al-Assad, mort en 1994. "Amina a frappé l'un des hommes et a crié à son amie de prévenir son père", raconte cete proche. Depuis, ses proches sont sans nouvelles, et la Toile est en émoi. Une page Facebook a été créée pour réclamer sa libération.


Sur son blog, Amina, qui avait décidé de revenir en Syrie il y a un an, revendiquait son homosexualité dans un pays où elle est illégale. "Ils n'exécutent plus les gays ici, même si les hommes surpris dans des parcs sont toujours enmprisonnés, témoignait-elle. Nous n'en sommes pas encore à Stonewall, mais nous somme à mi-chemin de sortir de l'obscurité".

Avec le début des troubles en Syrie, qui ont suivi les révolutions tunisiennes et égyptiennes, elle milite en faveur de la démocratie. "Ce sera leur épitaphe: ils ont perdu parce qu'ils ne pouvaient pas changer", écrit-elle. Des écrits qui lui valent, déjà, la visite le 26 avril dernier d'hommes armés, venus l'arrêter pour "conspiration contre l'Etat". Son père parvient à les en dissuader, même si les deux hommes ne cachent pas leur haine des homosexuels. "Peut-être qu'on devrait te montrer maintenant ce que c'est que des vrais hommes et laisser ton père regarder", lui lancent-ils. Début mai, une nouvelle visite des forces de sécurité l'oblige à se cacher.

Sur son blog, Amina expliquait que chaque vendredi, avant d'aller à la mosquée -où nombre d'opposants ont été arrêtés- elle "coupait (s)es ongles plus courts que d'habitude au cas où je serais capturée et qu'ils voudraient me les arracher".

Elle écrivait aussi "(s)on nom et (s)es numéros de télépone sur (s)on bras (...) Ainsi, si je suis morte, avant de me laver et de me mettre dans un linceul, j'aimerais que quelqu'un sache qui je suis et le dise au monde (...) J'espère que je perds mon temps avec tout ça (..) et que c'est quelque chose dont je rirai bientôt. Mais je ne peux pas en être sûre. Aujourd'hui ou demain pourraient être les derniers jours pour moi... ou le premier jour d'une nouvelle Syrie".