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mercredi 10 juillet 2013

Marion Bartoli: un poil de sexisme à Wimbledon

La victoire de Marion Bartoli à Wimbledon laisse un arrière-goût amer: première Française à remporter ce tournoi depuis sa conseillère et modèle Amélie Mauresmo en 2006, la joueuse a été ensevelie sous un déluge de critiques venant notamment de Marc-Olivier Fogiel et d'un journaliste de la BBC, pour son physique massif et... ses poils. On n'avait pas vu un tel acharnement contre une joueuse de tennis depuis le coming-out de Mauresmo. Certains n'ont d'ailleurs pas manqué de traiter Bartoli de gouine, tandis que d'autres voix s'élevaient au contraire sur les médias sociaux pour défendre la jeune femme et ses "aisselles duveteuses".

Aussi léger qu'un Ménès britannique, John Inverdale a soulevé un tollé en imaginant à la radio le père d'une Marion Bartoli adolescente lui disant: "Tu ne seras jamais un canon, tu ne seras jamais une Sharapova, alors tu devras t'accrocher et te battre comme personne." Twitter s'est aussitôt enflammé contre cet "#everydaysexism" ("sexisme ordinaire"), et la BBC a reçu 674 plaintes. Le journaliste a assuré avoir maladroitement voulu montrer que c'étaient la volonté, la ténacité et le talent qui faisaient les championnes, pas leur physique.

"OK je ne suis pas blonde. Est-ce que j'ai rêvé d'être mannequin? Non, désolée. Mais est-ce que j'ai rêvé de remporter Wimbledon? Oui, absolument", a rétorqué Marion Bartoli, acceptant la lettre d'excuses d'Inverdale et poussant la grâce jusqu'à inviter à la voir le soir-même "au bal en robe et en talons", selon Le Parisien/Aujourd'hui en France. Pendant ce temps, en France, Marc-Olivier Fogiel lâchait un "Elle est grosse, Marion Bartoli" pendant un flash d'actualités sur Europe-1, ignorant que son micro était ouvert. Disons-le carrément, Bartoli est obèse: à 28 ans, elle pèse 63kg pour 1m70, selon sa fiche sur lequipe.fr!

Sur Twitter et Facebook, le Bartoli-bashing a également été d'une rare violence, comme le souligne l'Américain Matt Binder sur son blog, Public Shaming. Aux attaques sur le physique et la pilosité se sont ajoutées les vieilles rancoeurs anti-françaises et l'homophobie. "Mdrrr je suis la seule a avoir remarquer que marion bartoli a des poils sous les bras?", écrit (fautes comprises) 5SOS (@ihurtziall).

Les anglosaxons se montrent les plus insultants: Cameron Shulak (@CamShu) écrit: "bartoli est trop moche pour gagner wimbledon"; Kurt Hopkins (@K_HopkinsAV) la renvoie à ses fourneaux: "C'est bon, Bartoli, voilà ton plateau, maintenant va à la cuisine et fais des sandwiches pour tout le monde"; TallTyrionLannister (@Quinncest) dégaine la grosse artillerie: "Va te faire foutre grosse pute pleine de graisse". "Bartoli a dit qu'elle se raserait le crâne pour une oeuvre caritative si elle gagnait à Wimbledon. De la poitrine aux couilles, sans doute", ponctue Grumpy Auld CUNT (@auldmoaningit).

Passons sur le "#booFrance" et sur andrew rankin (@a_rankin1) qui se demande si "Marion Bartoli a du poil sous les bras comme la plupart des femmes françaises", et l'on atteint très vite le point Vanneste de la discussion: "Je déteste Bartoli, putain de gouine, allez lisicki, ma poule sexy", s'enthouiasme Oliver_Jones (@Ollie_Jones93). "Je soutiens lisicki qui est plus baisable, Bartoli a l'air d'un stéréotype de gouine", explique pour sa part Dane Simpkins (@two45dolla).

"Si j'ai bien compris pour être une tenniswoman apprécié des médias faut pas être trop gouine ou trop "grosse"? #Mauresmo #Bartoli", résume parfaiement Léna (@Krrho_SJ). Quant à l'actrice et productrice de films pornos lesbiens Céline Bara (@celinebara), elle avoue: "Si j'aime Marion c'est aussi pour son naturel et ses belles #aisselles duveteuses... #bartoli #poils #bonheur". Comme quoi, l'épilation n'a pas que des fans.

- Lire aussi sur LToutes: "Amélie Mauresmo, la retraite à 30 ans" (03/12/2009)

Une affiche d'Amnesty qui avait suscité la polémique


mercredi 8 juillet 2009

On agresse bien les lesbiennes

Plusieurs nouvelles affaires d'agressions physiques et verbales visant des couples de lesbiennes confirment ce que SOS Homophobie constatait dans son rapport annuel 2009: la lesbophobie progresse en France et, fait inquiétant pour l'avenir, elle est souvent le fait de jeunes.

Cynthia et Priscilla, 21 ans, ont témoigné à visage découvert dans "Le Parisien" (07/07/2009) des violences qui les ont contraintes à abandonner leur appartement d'Epinay-sous-Sénart, dans l'Essonne, en région parisienne. "Ils ont gagné, on ne reviendra pas chez nous", constate Cynthia. "On ne peut plus vivre dans la peur", ajoute Priscilla.

Les agressions physiques contre des lesbiennes sont passées de 6% des témoignages recueillis par SOS Homophobie en 2007 à 15% en 2008, selon le rapport 2009 sur l'homophobie en France.

Injurié et "invité" à partir dès son installation dans la cité des Gerbaux au début de l'année, le couple n'a tenu que quelques mois sous le harcèlement constant d'une bande de garçons et les remarques d'autres habitants du quartier, y compris des filles.

Après avoir été violemment prises à partie et frappées par le petit groupe le 2 juillet, "les gouines" sont allées vivre ailleurs "dans le péché", se réfugiant dans leur entourage qui les a soutenues. Leurs agresseurs ont été retrouvés et seront jugés mais en attendant ils ont été remis en liberté.

Un mois plus tôt, dans l'Essonne également, un autre couple de lesbiennes étaient agressées à Bondoufle, selon la Coordination lesbienne en France (CLF) et le Collectif contre l'homophobie (CCH) qui ont pris l'affaire en mains.

Les faits ont débuté avec une feuille laissée sur le pare-brise de leur voiture: "putain de lesbienne tu pollues la rue", "saleté de goudou", avait dactylographié un courageux agresseur anonyme. Autres feuilles, autres insultes, la voiture abîmée: le couple dépose plainte à la gendarmerie. Une enquête est en cours pour injures lesbophobes et dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui, précisent la CLF et le CCH.

Les plaintes de ce couple et de Cynthia et Priscilla relèvent du tribunal de grande instance d'Evry. La CLF et le CCH demandent donc au procureur "de traiter ces affaires avec la diligence et la gravité requises".

En juin dernier, c'étaient Virginie et Jessica, 28 et 24 ans, qui témoignaient, le visage soigneusement caché, de leur calvaire dans la petite ville de Segré, dans le Maine-et-Loire. Après avoir résisté pendant des mois aux manoeuvres d'intimidation d'une bande de jeunes, elles ont fini par déménager... et parler.

Soutenues par l'association LGBT locale, Qazar, elles ont raconté: des tirs de balles à blanc, les "bande de sales gouines" ou "viens sucer ma queue" hurlés sous leurs fenêtres, la voiture rayée, et même l'intrusion d'un jeune dans leur appartement. Un garçon de la bande a bien été condamné pour menaces et tir avec une arme factice en 2008, Virginie et Jessica ont déposé plusieurs plaintes depuis, mais le harcèlement a continué.

Qazar a dénoncé "l'impéritie des pouvoirs publics et de la gendarmerie" ainsi que du sous-préfet et reproche au maire de Segré de ne pas avoir à temps proposé de relogement au couple. L'association a mis en ligne une pétition de soutien.

Pour la CLF et le CCH, "la récurrence des agressions lesbophobes prouve bien qu'il ne s'agit ni de fait divers isolé, ni de banal conflit de voisinage". Les organisations appellent "les pouvoirs publics (police, gendarmerie et justice) à traiter ces plaintes avec célérité et fermeté afin de mettre un terme à l'insupportable sentiment d'impunité dont pensent bénéficier les auteurs".