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dimanche 7 février 2010

"T'es gay? Casse-toi!"


Actualisé avec menaces de mort contre Le Refuge et soutien Filippetti et Mandroux

"Crève mon fils, je ne veux pas de pédé dans ma vie": cette phrase a été lancée à un des dix jeunes homosexuels interrogés par le photographe Jean-Marie Périer dans son livre "casse toi", publié début février.

Il y a recueilli les témoignages bouleversants d'adolescents, garçons ou filles, jetés à la rue par leur famille en raison de leur homosexualité. Tous ont été accueillis par l'association "le refuge" qui possède deux antennes, à Montpellier et depuis récemment à Paris.

Elle a reçu 350 demandes d'admission en 2008. Pour le photographe, invité le 6 février par Laurent Ruquier dans "on n'est pas couché", c'est un choc: "il existe aujourd'hui des gens qui peuvent virer leur enfant de chez eux parce qu'il est homosexuel! Je n'en crus pas mes yeux"

Quelques jours après l'émission, le 17 février, Le Refuge a reçu une lettre de menaces de mort. "On connaît toutes les habitudes de vos protégés et croyez-nous on va les cribler de plombs et les mettre en pièces détachées pour les punir", "avant toutes ces personnes on les enfermait dans les asiles vu qu'il leur manque des neurones, ils ont la tête creuse, ils préfèrent aimer contre nature", peut-on lire dans ce message de haine.

Le Refuge a reçu le soutien de la socialiste Aurélie Filippetti, pour qui "l'homophobie est une réelle gangrène dans notre pays" et qui estime qu'"on ne peut tolérer que dans notre République des personnes soient menacées parce qu'elles sont homosexuelles". Hélène Mandroux, tête de liste PS aux régionales en Languedoc-Roussillon, a également condamné ces menaces, de même que plusieurs autres élus, notamment MoDem ou PC.

dimanche 14 décembre 2008

"Pour faire de l’argent, on ne se tourne pas vers les lesbiennes"


Après la fermeture des éditions La Cerisaie, Céline Lion, des éditions "Dans l'Engrenage", répond aux questions de LToutes sur les difficultés -et les opportunités- du marché lesbien.

- Lire aussi sur LToutes: "Fin des éditions lesbiennes La Cerisaie" (06/12/2008)

LToutes: Est-il toujours aussi difficile de vendre des livres aux lesbiennes (et surtout d'en vivre)?

Céline Lion: Nous avons la particularité d’en vivre rarement: les éditions "Dans L’Engrenage" ne salarient personne. Tous les intervenants, y compris moi-même, avons des activités annexes pour gagner notre vie. Les bénéfices de la vente d’un livre servent à publier le suivant, la plupart du temps. Nous faisons appel à des professionnels (couvertures, corrections, traductions), nous publions de la littérature étrangère, ce qui coûte évidemment bien plus cher, et nous soignons la fabrication, tout en resserrant les prix. Un titre comme "Cara et moi", le dernier que nous avons publié, est vendu au prix de 18 euros, alors que chez un gros éditeur, il serait proposé au public autour de 22 euros.

Depuis dix ans, le nombre de maisons d'édition lesbiennes a sensiblement augmenté, ce qui n'est pas une chose si surprenante: nous étions, en France, passablement en retard. On en compte à l'heure actuelle moins d'une dizaine. C’est une bonne chose, parce que l’édition est une activité liée à la personnalité de l’éditeur. C’est très subjectif à partir du moment où il s’agit de choix personnels. Donc, plus il y a d’éditrices, plus il y a de choix.

Pour nous, l’enjeu est de vaincre l’espèce de mépris/méfiance spontanés chez beaucoup de gens lorsqu’on se revendique comme "maison d'édition lesbienne". Il n’y a pas de culture communautaire en France, contrairement à l’Espagne, aux pays anglo-saxons, ou nordiques.

D’autre part, sur le plan culturel, l’émergence d’une meilleure offre de DVD lesbiens (films, séries, etc.) a certainement une incidence sur les habitudes des lesbiennes qui, selon de nombreuses études, sont en général des femmes qui n’ont pas un pouvoir d’achat élevé: il leur faut choisir entre livres et DVD.

LT:Est-ce que les maisons d'édition "hétéros" s'intéressent au marché ?

CL: On se doute bien que si le marché lesbien était rentable, les multinationales de l'édition le sauraient. Nous aurions de la concurrence du côté des grosses maisons généralistes, et nos amies et consœurs de La Cerisaie verraient leur avenir plus sereinement.

La population lesbienne n’est pas, d’un point de vue économique, une cible intéressante pour les gens qui veulent faire du business, contrairement à certaines craintes exprimées parfois par les homos. Si l’on veut faire de l’argent, on ne se tourne pas vers ce public, c’est une évidence. S'il arrive de voir ce genre de publications chez les généralistes, c'est plus un choix ponctuel qui relève de critères autres que politiques.

Nous avons par exemple à notre catalogue un roman merveilleux, "Cara et moi", écrit par celle qui est aujourd'hui considérée par les spécialistes comme l'une des dix plus grandes romancières contemporaines d'Irlande, Emma Donoghue. Eh bien pas un de ces éditeurs généralistes n'a voulu la publier, manquant ainsi de grands livres. Sans doute parce qu'elle écrit trop "lesbien", et qu'elle n'a pas peur de continuer à publier chez des maisons d'édition lesbiennes anglo-saxonnes, parallèlement à ses gros éditeurs conventionnels.

Sarah Waters est l'exception, mais je pense que c'est le succès commercial qu'elle a rencontré en Angleterre qui a motivé ses éditeurs français, et leur a permis de voir qu'il y avait là une grande écrivaine.

Je suis donc persuadée que nous avons un rôle particulier, et que nous acceptons de prendre des risques qui n'intéressent pas les éditeurs généralistes, les débouchés en terme de public étant vraiment trop limités.

LT: Qu'est-ce qui marche le plus auprès des lesbiennes?

CL: Les lesbiennes sont des lectrices normales, donc leurs préférences en terme de genre ressemblent de près à celles de toutes les autres lectrices, à cette nuance près qu'elles sont encore plus consommatrices de littératures populaires: roman sentimental et polar.

LT: Quelles sont vos principales difficultés? La distribution?

CL: Il ne faut pas négliger l'Internet, qui devient un moyen simple et direct de se rendre disponible à toutes les lectrices. Le distributeur devient un peu obsolète. Ensuite, il y a peu de libraires qui prennent le risque de nous réserver une place dans leurs rayons ou sur leurs tables.

Notre choix est de ne travailler qu'avec les libraires prêts à recevoir nos livres, c'est-à-dire à les proposer à leurs clientes. Nous sommes disponibles sur commande partout, mais présentes en stock uniquement dans des points de vente triés sur le volet. Le contraire d'un bon plan marketing!

Nous avons surtout le respect des libraires spécialisés, qui sont nos meilleurs interlocuteurs et se battent au quotidien pour défendre cette spécificité, un gros risque financier pour eux. Nous préférons placer nos livres chez eux que chez des libraires dubitatifs.

LT: Que pensez-vous de la réputation, qui colle souvent à la peau de la littérature lesbienne, de romans "à l'eau de rose"?

CL: Nous publions des romans et des nouvelles qui intéressent les amatrices de littérature pure (couvertures blanches) et, parallèlement, nous lançons une collection de romans policiers d'ici peu (couvertures noires). Nous avons des bandes dessinées, bref nous reflétons le fait que les artistes lesbiennes s’expriment dans tous les domaines.

Nous avons choisi depuis trois ans de dédier une collection clairement identifiable (couvertures roses) aux romans d'amour qui se revendiquent comme tels et répondent aux canons.

Je suis toujours amusée par le fait que la littérature "à l'eau de rose" ait mauvaise réputation. C'est un peu court. Historiquement, la littérature lesbienne est née avec la littérature rose, c'est ainsi qu'elle s'est développée, et qu'elle continue à le faire. Car les lesbiennes ont enfin eu, grâce à ces livres, du rêve. Elles ont pu enfin rêver leur vie, au sens où les autres femmes (et hommes) rêvent la leur. Un rêve de bonheur que je trouve dommage de regarder avec condescendance.

Et puis, aujourd'hui, il y a bien sûr des lesbiennes privilégiées qui vivent dans des lieux ou fréquentent des milieux qui leur permettent de s'épanouir en tant qu'homosexuelles, d'avoir des moments où elles appartiennent à une norme. Mais pour beaucoup d'autres, la littérature sentimentale comble encore un besoin d'identification et les aide. Je reçois beaucoup de courrier en ce sens.

Personnellement, je lis toutes sortes de livres, plus ou moins "faciles", et je peux passer de Jeanette Winterson ou Djuna Barnes à Katherine V. Forrest ou Gerri Hill sans problème. Je n’y trouve pas la même chose, voilà tout. Bizarre de mettre en concurrence des genres… Nous sommes nombreuses dans ce cas. Il ne faut pas négliger le fait qu'il existe une bonne littérature rose, comme il y a une bonne littérature noire, ou une bonne littérature de science fiction.

samedi 6 décembre 2008

Fin des éditions lesbiennes "La Cerisaie"

Spécialisée dans la littérature lesbienne, la maison d'édition La Cerisaie vient d'annoncer qu'elle fermait ses portes. "La Cerisaie fut une belle aventure qui n'aurait pas pu exister sans vous. Merci de votre fidélité", écrit sa fondatrice Catherine Allex dans un message diffusé par la Coordination lesbienne en France (CLF).

Fondée en 2002, La Cerisaie a notamment publié récemment "Une Saison andalouse" de Laurence Aurouet ou "Les Enfants d'Héloïse" d'Hélène de Montferrand (prix Goncourt du premier roman en 1990 pour "Les Amies d'Héloïse"). Mais cela n'a pas suffi. La disparition de cette maison d'édition montre que se lancer sur le marché lesbien en France reste un pari à haut risque.

Pourtant, le secteur n'a jamais été aussi dynamique: les maisons d'édition lesbiennes se sont multipliées depuis les années 1990. Alors que Geneviève Pastre avait montré la voie dès 1989, les éditions KTM naissaient en 1998: elles ont fêté leur dixième anniversaire en mai dernier. Les Editions gaies et lesbiennes sont nées en 1997, Dans L'engrenage en 2003, les éditions Julie Oriol en 2004, puis les éditions Labrys en 2005.

"Les lesbiennes savent que nos livres existent et où les trouver"
Dans une série de textes publiée en 2005 dans "Lesbia Magazine" et intitulée "France, années 1990: la décennie lesbienne", Brigitte Boucheron, cofondatrice de Bagdam Cafee à Toulouse, estimait qu'il se publiait 18 livres lesbiens par an dans les années 1990, contre 10 dans les années 1980 et 5 dans les années 1970. A tel point que les éditeurs hétérosexuels ont commencé eux aussi à s'intéresser à ce "marché", en publiant notamment des polars aux héroïnes lesbiennes.

Interrogée par LToutes, Céline Rosset, des éditions Labrys, préfère donc voir dans cette fermeture un "cas relativement isolé". "Il y a des disparitions, comme partout. Cela fait partie de la vie de toute entreprise", explique-t-elle.

Certes, les maisons d'édition lesbiennes "manquent de vecteurs pour se faire connaître", vu le nombre restreint de médias s'adressant aux homosexuelles, et les grands distributeurs restent encore inaccessibles, mais "Internet change la donne", souligne Céline Rosset. "Les lesbiennes savent que nos livres existent et elles savent où elles peuvent les trouver".

Ce dynamisme reste toutefois à relativiser: il se publie toujours trois à quatre fois plus d'ouvrages pour la communauté gay que pour les lesbiennes, et la littérature pour femmes souffre encore d'une tenace image de "romans à l'eau de rose". Une image que conteste Céline Rosset, qui dénonce une "idée préconçue": "il y a plus de maisons d'édition spécialisées, donc il y a plus d'ouvrages qui sortent" et "il y a de tout", assure-t-elle.

La fermeture récemment de la librairie homo "Blue Book" à Paris montre plus largement qu'il reste difficile de vendre des livres aux homosexuels, même si "Les Mots à la bouche" et la librairie "Violette and Co", tenue par des lesbiennes, restent fidèles au poste.

"En France, comme en Belgique, les services et commerces en direction d'une clientèle lesbienne sont héroïques: trop de lesbiennes ne pensent pas lesbien, donc ne dépensent pas lesbien", déplorait Brigitte Boucheron en 2005. Cela "entraîne la mort des entreprises, et de toute façon freine leur expansion et l'ambition de leurs créatrices. Il faut une exceptionnelle pugnacité pour maintenir son rêve".

jeudi 6 novembre 2008

Les lesbiennes invisibles dans les manuels scolaires

La question n'est pas "de se demander comment traiter de l’homosexualité" à l'école "mais tout simplement d’en traiter".

Comme le résume ainsi un militant associatif interrogé par la HALDE, les lesbiennes et les gays sont quasiment invisibles dans les manuels scolaires français, et les rares fois où leur existence est mentionnée, c'est dans un contexte négatif, comme le SIDA ou les discriminations.

Pour figurer dans ces ouvrages, il vaut mieux être un homme blanc, jeune, hétérosexuel et sans handicap physique ni mental, selon un rapport sur "la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires", publié le 6 novembre 2008 par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité. Femmes et lesbiennes s'abstenir...

Le constat sur le sort réservé aux homosexuels est accablant: "L’homosexualité, est trop peu, voire pas du tout traitée par les manuels", résume la Halde dans son rapport.

Les chiffres sont sans ambiguité: sur les 29 manuels et 3.097 illustrations analysées, une seule illustration est consacrée explicitement à l'homosexualité: il s’agit d’une photographie prise lors de la Gay Pride à Paris, dans un manuel de Sciences économiques et sociales de Terminale. Et l’image représente, comme le souligne un militant associatif interrogé, un char commercial.

"Les homosexuels, y'a rien dessus (...) ou alors ils en parlent deux minutes et après ils passent à autre chose (...) l’année dernière (...) pour dire que le mariage était interdit”, témoigne un élève de troisième. Les enseignants confirment: lorsqu'on leur demande d’estimer la fréquence d’apparition des personnes homosexuelles dans les manuels qu’ils utilisent, on obtient une moyenne de 1,6, soit entre "jamais" et "très rarement".

En revanche, les représentations de l’hétérosexualité ne manquent pas, avec pas moins de 134 couples hétérosexuels dont 55 familles hétéroparentales. Car les manuels se caractérisent bien par leur "hétérosexisme": "les enfants ne peuvent rêver que d’une vie de couple et de famille dans la norme et le monde ne peut être qu’hétérosexuel", résume le rapport.

Adopté en 1999, le PACS a, certes, fait son entrée dans les livres d'histoire. Un manuel de Terminale générale réussit toutefois l'exploit d'évoquer le Pacte civil de solidarité, "concurrent" du mariage, sans même mentionner qu'il permet aussi aux homosexuels de s'unir...

Quand les lesbiennes ou les gays sont évoqués, c'est souvent dans un contexte négatif, comme celui de la discrimination. Dans plusieurs manuels d’éducation civique de 5e, dans le chapitre consacré au refus des discriminations, il est "parfois fait mention de l’orientation sexuelle", note la Halde. Mais "ce critère est rarement approfondi, contrairement au genre et à l’origine". Et dans un manuel de Sciences de la vie de terminale, "le SIDA est le seul sujet où l’existence des personnes homosexuelles est mentionnée".

"Ce déni d’existence (...) est de nature à induire des troubles chez les élèves homosexuels et ne permet pas de garantir une certaine ouverture d’esprit de la part des autres", regrette la Haute autorité. "Il s’agit d’un champ dans lequel tout reste à faire".

- Lire aussi sur LToutes: "Une Mallette pédagogique contre l'homophobie" (07/11/2008)