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samedi 30 janvier 2010

Un film pour enfants cible d'attaques homophobes


Peut-on parler d'homosexualité à des enfants de CM1/CM2 en France? Pour certains, non, visiblement. "Le baiser de la lune", un projet de court-métrage d'animation porté par une équipe rennaise a provoqué, avant même qu'il soit achevé, une levée de boucliers des milieux ultra-conservateurs.

Deux pétitions dénoncent ainsi sur internet une volonté de "pervertir" les enfants avec "l'idéologie du lobby homosexuel". Selon le magazine "Têtu", ces pétitions ont fait reculer l'inspection académique d'Ille et Villaine, qui a demandé le retrait du logo du ministère de l'Education du site du projet, qu'il a pourtant financé.

Christine Boutin s'est fendue d'une "lettre ouverte" au ministre de l'Education Luc Chatel, pour faire part de son "indignation" au sujet de ce film, qui "bafoue le principe de la neutralité de l’enseignement public en s'immisçant dans la conscience et l’intimité des enfants". "Ce film idéologique prive les enfants des repères les plus fondamentaux que sont la différence des sexes et la dimension structurante pour chacun de l’altérité", estime-t-elle, en réclamant "l’interdiction de sa diffusion".

Le court-métrage d'animation raconte l'histoire d'amour entre Félix, un poisson-chat et Léon, un poisson-lune. Ce projet pédagogique entend ainsi lutter contre l'homophobie survenant à l'adolescence. Il bénéficie toujours du soutien du Conseil régional de Bretagne, des conseils généraux des Côtes d'Armor et du Finistère et la ville de Rennes, ainsi que d'associations de lutte contre l'homophobie.

Dans une question écrite, la députée de Paris Martine Billard (Porte-Parole du Parti de Gauche) a interpelé Luc Chatel "sur le sens politique" du retrait du logo de son ministère. "Alors que ces dernières années les chefs d'établissement ont reçu des circulaires appelant à la vigilance et à la fermeté contre les manifestations d'homophobie", ce geste est "un mauvais coup porté à la lutte contre les discriminations", déplore-t-elle.

L'Inter-LGBT, SOS homophobie et le Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire ont aussi dénoncé dans un communiqué la "reculade" du ministère de l'Education "qui refuse de remplir sa mission d’éducation à la sexualité et à la citoyenneté, cautionnant ainsi les lobbys ultra- conservateurs, chantres de l'ordre moral". Les associations jugent d'ailleurs "surprenant que de telles pétitions outrancières, caricaturales de bêtise puissent encore inquiéter les pouvoirs publics et les faire réagir avec autant de frilosité".

jeudi 5 février 2009

Lancement des états généraux de la bioéthique

C'est parti pour les Etats généraux de la bioéthique. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a donné le coup d'envoi mercredi 4 février d'un grand débat national qui doit durer six mois et concerne directement les lesbiennes, puisqu'il doit notamment porter sur l'accès des homosexuelles aux techniques de procréation médicalement assistée.

La loi de bioéthique de 2004 réserve l'assistance médicale à la procréation (AMP) aux "couples constitués d’un homme et d’une femme", impose l'anonymat du don de sperme ou d’ovocytes et interdit la pratique des mères porteuses. Mais elle doit être revue par les parlementaires entre la fin 2009 et le premier trimestre 2010.

Les Etats généraux se dérouleront jusqu’en juin, et les citoyens sont invités à y participer, via des réunions régionales, l'envoi de contributions sur le site internet des états généraux, ouvert à partir du 16 février, ou en participant aux trois grands "forums citoyens".

L'un d'eux se tiendra au Triangle à Rennes le 11 juin et portera sur l’assistance médicale à la procréation: qui peut y avoir accès, faut-il que le don de gamètes reste anonyme, faut-il autoriser la "gestation pour autrui,...

Un colloque national fera la synthèse des débats le 23 juin, à la Maison de la Chimie à Paris, en présence de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat donnera alors le ton du débat parlementaire à venir. Le pilotage de ces Etats généraux a été confiée à un comité de 6 membres, présidé par le député Jean Leonetti.

Dans un rapport publié en janvier, le Sénat rappelait que "la France fait partie des pays qui limitent le plus strictement l'accès à l'assistance médicale à la procréation". L'Allemagne, l'Italie et la Suisse sont en effet les seuls pays qui, comme la France, réservent l'assistance médicale à la procréation aux couples hétérosexuels, mariés ou non. En novembre 2008, un autre rapport parlementaire, rédigé par les députés Alain Claeys (PS) et Jean-Sébastien Vialatte (UMP), s'était prononcé pour l'ouverture d'un "débat" en ce qui concerne les couples homosexuels. Ils avaient aussi suggéré de "lever l’anonymat sur les dons de gamètes si l’enfant le demande".

En revanche, les parlementaires restaient hostiles à l'autorisation de la maternité pour autrui ("mères porteuses") en France. Pourtant, plus de la moitié des Français (55%) sont favorables à l'autorisation du recours à des mères porteuses pour les couples homosexuels, 62% pour les célibataires, et 87% pour les couples hétérosexuels, selon un sondage Ipsos pour "Top Santé" et France-5 publié récemment.

- Lire aussi sur LToutes: "La procréation médicalement assistée pour les lesbiennes?" (21/11/2008); "Petit tour d'Europe de la PMA" (22/01/2009) ; "PMA: la France, mauvaise élève de l'Europe" (22/01/2009)